OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Permettre à tous les jeunes de s’insérer dans la société telle qu’elle devient http://owni.fr/2010/04/17/permettre-a-tous-les-jeunes-de-sinserer-dans-la-societe-telle-quelle-devient/ http://owni.fr/2010/04/17/permettre-a-tous-les-jeunes-de-sinserer-dans-la-societe-telle-quelle-devient/#comments Sat, 17 Apr 2010 09:50:22 +0000 Bruno Devauchelle http://owni.fr/?p=12436

Photo CC Flickr Skokie Public Library

Nous avons demandé à deux spécialistes de la formation aux médias de réagir au billet d’Andreas Kluth sur la non-crise des médias. Voici la contribution de Bruno Devauchelle, formateur chercheur au CEPEC de Lyon, qui étudie l’intégration des TIC dans l’enseignement, la formation et l’éducation. Il aborde la question du point de vue des jeunes.

Ce n’est pas parce que l’information est accessible facilement que l’on est informé. Ce constat qui peut sembler une évidence prend une autre couleur si l’on y introduit la dimension des vecteurs de l’information que sont les médias. L’information ne se réduit pas aux médias et cela depuis toujours (les médias sont une invention assez récente). Depuis que les médias (et ici on désignera média tous les vecteurs de l’information qui fonctionnent en flux et qui diffusent à une large population, médias de masse, à partir d’un support ou d’un dispositif technique) se sont développés, une organisation s’est mise en place de manière à les inscrire durablement dans le paysage.

La crise, une question de sur-information dans un cadre de sur-accessibilité

Or une technique nouvelle vient à remettre en cause cette organisation et donc potentiellement les médias. Il y a bien crise des médias, mais pas pour ce qui est de l’information, la crise prend surtout la couleur de la sur-information dans un cadre de sur accessibilité. Autrement dit chacun de nous n’a jamais été aussi près de l’information depuis qu’Internet met en difficulté tous les intermédiaires en se substituant progressivement à la plupart d’entre eux en tant que vecteur de distribution d’une part et en tant que support d’élaboration d’autre part. Autrement dit on peut désormais se passer de la plupart des intermédiaires humains pour fabriquer l’information ou pour y accéder…

Cet état de fait pose la question des compétences nécessaires pour “bien vivre” dans un tel contexte. Des blogueurs journalistes, comme Andreas Kluth, sont les premiers à se sentir bien dans cet univers car ils ne se rendent pas compte qu’ils maîtrisent la plupart de ces compétences. Mais qu’en est-il du reste de la population et en particulier des jeunes ? Cette question est celle qui s’impose aujourd’hui au système scolaires, aux parents, bref à tous les éducateurs.

Le système scolaire français a une histoire déjà ancienne par rapport aux médias. Rappelons le travail fait au CES de Marly le Roi à partir de 1965 a propos de la télévision et les nombreuses expérimentations qui ont suivi ensuite dans ce domaine. Aujourd’hui le CLEMI est la structure nationale de référence dans le domaine avec la célèbre “semaine de la presse” qui chaque année rappelle aux établissements l’importance de cette éducation. Et pourtant rapport officiel, après rapport officiel, on ne peut que constater que l’éducation au média reste quelque chose de difficile à cerner dans les pratiques scolaires réelles. Ce n’est pas la volonté qui manque, il y a bien longtemps que les CDI, les programmes de français, d’histoire etc… ont évoqué la place à donner aux médias. Depuis l’avènement d’Internet, il en est de même, tout comme avant avec le développement de l’informatique à partir de 1985.

Infléchir la forme de l’enseignement

Le problème principal que l’on peut aisément observer c’est que les médias de masse traditionnels n’ont pas réellement pris place dans les pratiques quotidiennes des enseignants. La prééminence de l’écrit et du livre ont longtemps rejeté ces médias à la marge de l’école. Avec l’informatique et Internet les choses sont un peu différentes et encore en pleine évolution. Les derniers rapports publiés dans ce domaine (MM. Fourgous, Apparu etc…) sont tous hésitants sur les axes à prendre : informatique, médias, internet…

Ce sur quoi ils sont d’accord, c’est la place que l’école doit tenir dans cette éducation, mais jamais il ne vont au delà des propositions, sans jamais tenter d’infléchir officiellement ce qui est fondamental dans le système scolaire : la forme de l’enseignement. On observe depuis de nombreuses années des équipes innovantes, des pistes d’activités intéressantes, mais delà à ce que cela soit transféré au cœur de l’organisation scolaire, il y a un écart jamais franchi au cours de l’histoire.

L’histoire récente et pourtant déjà ancienne du B2i (brevet informatique et Internet, NDLR) n’a pas permis de mettre en évidence une évolution quotidienne des pratiques, suffisamment partagée au sein des établissements pour apercevoir une évolution réelle. Or le B2i, parce qu’il n’impose rien (sauf depuis son inclusion dans le socle commun), laisse les équipes libres de ne pas s’en emparer… La récente réforme du lycée qui entrera en vigueur à la rentrée prochaine n’apporte pas beaucoup plus d’éléments, oubliant même la place du B2i lycée, pourtant considéré comme obligatoire depuis près de trois années…

Déficit des enseignants en information-communication

Au final, la responsabilité de l’éducation aux médias et à Internet est renvoyé à la culture des enseignants eux-mêmes. Dans ce domaine, les plus actifs sont souvent les enseignants documentalistes. Relayés par d’autres disciplines qui s’associent souvent à la marge à cette éducation (même le français… dans les programmes duquel cette éducation à l’image est pourtant inscrite), ces enseignants animent souvent au sein de l’établissement une dynamique autour de ces objets qui reposent la question plus large de la formation à l’information-communication. Car le vrai déficit dans le système éducatif français est celui qui concerne une véritable culture des enseignants dans ce domaine pourtant aussi ancien à l’université que les sciences de l’éducation.

Si l’idée de former les enseignants au technologies de l’information et de la communication dès l’entrée dans le métier, on s’aperçoit que cette formation est très inégale et surtout qu’elle est souvent attirée du coté technique et très peu du coté culturel. Or la dimension culturelle reste quelque chose qui n’est pas clairement affirmé, et surtout pas clairement proposée dans les établissements scolaires, parce que difficile à cerner et qui impose des approches nouvelles. C’est ce qui fait que l’on privilégie souvent en milieu scolaire l’approche technique avant l’approche par les usages et les cultures d’usage. L’exemple de la mise à l’écart de la télévision du monde scolaire alors qu’elle prenait place dans le quotidien de chacun est encore fortement présent dans les réflexes vis à vis des TIC, d’Internet.

Ne pas diaboliser les pratiques des jeunes. Photo CC Flickr Oversocialized

Des pistes de travail déjà visibles dans les pratiques pionnières

Quelques pistes de travail peuvent être envisagées et sont déjà visibles dans les pratiques pionnières :
-  L’éducation aux médias et à Internet doit d’abord s’appuyer sur le projet de produire et d’utiliser et pas seulement sur le projet de la seule éducation critique. D’ailleurs comment faire une éducation critique sans aborder le travail de conception ?
- De plus cette éducation doit s’appuyer d’abord sur les pratiques sociales des élèves avec comme mission d’aider les jeunes à construire des repères à partir de ces pratiques et ensuite d’inciter les jeunes à explorer de nouvelles directions et ne pas seulement se contenter de proposer des objets de travail scolarisés (autrement dit des activités rentables scolairement)
- Puis cette éducation doit d’abord interroger les adultes (enseignants, parents, éducateurs,…) sur leurs propres pratiques et leurs propres responsabilités dans le déploiement de ces outils et de l’éducation qui va avec. Cette interrogation doit d’abord éviter le discours qui diabolise les pratiques des jeunes, mais plutôt s’attacher à comprendre l’articulation entre organisation sociétale proposée par les adultes et pratiques médiatiques des jeunes
- Enfin cette éducation doit aussi s’appuyer sur des modèles pédagogiques qui se modifient du fait de ces outils au lieu de tenter de les intégrer (c’est à dire de les formater) comme des objets étrangers, sans changer les modèles pédagogiques. Pour ce faire on pourra aussi s’appuyer sur des travaux de sciences de l’information et de la communication et aussi des sciences cognitives, qui apportent de nouvelles connaissances permettant d’envisager des évolutions pédagogiques pertinentes.

D’autres pistes pourraient être explorées, mais pour l’instant cette éducation reste de la seule responsabilité individuelle de l’enseignant et tant qu’elle ne sera pas réellement soutenue par une vision claire et un projet fort, elle se cantonnera à des séries d’actions ponctuelles et pionnières, oubliant la mission première de l’école : permettre à tous les jeunes de s’insérer dans la société telle qu’elle est et telle qu’elle devient et non pas dans une société abstraite, idéalisée, telle qu’elle aurait pu être…

La traduction du billet d’Andreas Kluth

L’interview de Divina Frau-Meigs, un autre point de vue sur le billet d’Andreas Kluth

Le blog de Bruno Devauchelle

Sur le rapport Fourgous, l’analyse de Skhole.fr : De la prise de conscience salutaire à l’idolâtrie imprudente

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Prométhée ou le cyberprof ? http://owni.fr/2010/03/24/promethee-ou-le-cyberprof/ http://owni.fr/2010/03/24/promethee-ou-le-cyberprof/#comments Wed, 24 Mar 2010 17:25:24 +0000 Stéphane Favereaux http://owni.fr/?p=10760 4322950834_2d6ca225fb

Autre temps, autres mœurs

Si une très grande majorité des établissements scolaires et d’enseignement privé sont connectés au Net, il n’en reste pas moins vrai que la puissance de l’outil que l’on met entre les mains des élèves reste phénoménale par rapport aux capacités d’appréhension de l’information, de la gestion des flux et du recul critique nécessaire qu’il faut avoir quand on a la « tête dans le flux » (@sabineblanc, @LeGuillaume) !

Tout étudiant normalement constitué est, d’un point de vue générationnel, web-addict ; mais cette réalité dissimule des états de fait forts différents. Hormis l’anecdote d’étudiants en permanence connectés à Facebook en cours quand le wifi local le permet, il est patent que l’enseignement doit permettre à ses ouailles d’avoir accès à un vrai recul critique. Pour ce faire, il est préférable d’envisager un enseignement privilégiant l’accès à une culture plurivalente, multiaxiale et multi-médiatique plutôt qu’à des digests appris et bredouillés vaguement devant un jury.

Et se pose la question d’« apprendre par cœur » sur laquelle sans être catégorique, nombre de questions se posent.  Cet apprentissage séculaire reste pour certains une nécessité sans laquelle rien ne peut avoir lieu. Toutefois, modérer cet apprentissage « par cœur » serait pertinent alors que l’appréhension du savoir varie à l’envi ces dernières années.

Accéder au savoir… développer la curiosité… vaste utopie quand on appréhende l’aspect strictement consumériste de certaines classes.  L’imaginaire de l’éducation a tellement fabriqué le prof « parole d’évangile et image d’Épinal » qu’il existe une relative schizophrénie estudiantine oscillant entre l’enseignant et le Net, entre Docteur Prof et Mister Web.

La remise en cause de la parole des profs devient légion. Le recul que les étudiants, les profs, doivent prendre face à l’info, au flux, n’est que trop rarement abordé pour qu’il devienne absolument pertinent. Il faudrait pourtant systématiser cette approche du savoir via le Net pour développer  justement l’appréhension des flux, la prise de distance face à la parole donnée par le prof ou par le Net.

Quand l’enseignant face à une classe connectée donne une thématique de cours, apprenants (sémantique éducation nationale), élèves ou simplement humains présents dans une classe, foncent sur le cyberprof Google et cherchent en prenant les quelques premiers liens de la recherche comme un nouvel évangile consommé d’un savoir trouvé donc appréhendé.

Docteur Prof et Mister Web ?

Little Penguin is watching you

Little Penguin is watching you

Comment gérer en amont un cours où une majorité d’élève s’arrogent le droit de ne plus prêter attention au message transmis par le prof bénéficiant de son propre recul, de sa propre expérience sur la question abordée ? Comment appréhender un cours où le timing est faussé par avance ? Comment faire comprendre à des étudiants pour lesquels il faut aller vite et zapper sur un autre sujet, la nécessité de la patience dans les apprentissages ? Comment faire en sorte de maintenir l’attention des élèves quand au bout de quelques minutes toute la classe est au fait de l’ensemble du cours parce le nouvel évangile du savoir Google a donné les réponses ?

Ces questions soulèvent la question essentielle de l’appréhension de tout un stock d’informations que la prise de recul critique sait mettre en perspective. Les étudiants peuvent l’appréhender, à l’évidence, mais sans forcément avoir en eux les armes permettant de démêler les écheveaux de sens que le flux leur donne.

La contextualisation de l’information, du savoir est absolument nécessaire, mais elle n’est pas toujours acceptée, comprise, désirée. Elle devient inutile. Sur un thème donné, des réponses Wikipédia, ou de quelque autre source, suffisent en général aux étudiants les plus consommateurs.

Pourtant, les outils à notre disposition : Reader, Twitter, les Wiki, les forums d’étudiants déversant des cours ou des devoirs clé en main, ou d’autres encore, imposent à ceux qui les utilisent un devoir quasi journalistique systématique. Vérifier l’info, la confirmer, l’infirmer par des sources divergentes, convergentes, permettant de donner à l’info une validité réelle s’avère toujours plus nécessaire.

Or, quand les profs n’apprennent pas aux élèves, aux étudiants, à faire ne serait-ce qu’une recherche sur Google… il n’est en rien étonnant de les voir cliquer sur le premier lien ou le second et les considérer comme LA réponse à leur recherche. Ils sont les victimes de cet état de fait plus qu’ils n’en sont les coupables.

On ne leur a pas toujours appris à devenir curieux. Ô tempora, Ô mores.

L’info à la portée d’un ou deux clic, c’est une potentielle désinformation devenant vérité ; c’est donner au potentiel le poids d’un absolu.

Google, le nouveau Prométhée ?

Connecté ou pas, mac ou PC, un prof reste un prof

Connecté ou pas, mac ou PC, un prof reste un prof

Prométhée s’incarne dans la mythologie du 2.0… mais nul foie rongé en l’occurrence.  Juste des étudiants parfois perdus, des scolaires souvent plantés devant des écrans sans réel apprentissage… Le prof 2.0 que devient le Net avec toute la permissivité créatrice de l’outil devrait leur donner accès non pas au savoir mais aux savoirs… devrait leur permettre d’étendre leurs connaissances de façon exponentielle… Mais face à la génération Z hyper connectée et zappeuse au possible, la prise en compte de la réactivité du web n’est pas encore tout à fait au goût du jour.

Le zapping télévisé donne le « la » de ce zapping étudiant. Le prof se voit obligé de “teaser”, d’adapter des stratégies d’intrigue face au savoir. Le storytelling devient une manière de faire son cours. On sort les élèves de leurs écrans, on réintègre des savoirs dans  l’anecdote, on contextualise en douceur, on apporte des réponses à des questions qu’ils ne se posent pas, et on avance.

On « wiki-ise » le cours, on passe ensuite en phase de reveal pour arriver à reconnecter toutes les informations données dans un contexte qu’ils peuvent appréhender : le leur.

La transversalité créative chère à Morin impose aussi que les enseignements soient transversaux, d’une matière à l’autre, mais aussi et surtout de la matière purement scolaire à la société dans laquelle nous vivons. Mais celle-ci, accompagnée de son flux d’info, va tellement vite, ne prend tellement plus le temps de poser la réflexion, que les étudiants forts de savoirs parcellaires ne peuvent plus appréhender tout ce qui les entourent. Penser en ligne droite d’un point A à un point B est devenu légitime. Penser en ayant en tête une arborescence impliquant tous les tenants et aboutissants d’un fait historique, littéraire, sociologique, psychologique, d’actualité, devient toujours plus délicat. C’est pourtant absolument nécessaire.

Un cours sous Net-influence se transforme toujours plus en un échange entre prof et prof 2.0, entre le savoir et l’information. Dans l’enseignement, la responsabilité sociale, citoyenne, est phénoménale. Donner aux générations de zappeurs des outils d’appréhension sociale, citoyenne, politique, culturelle, se révèle toujours plus essentiel quand le zapping et le formatage se permettent de jouer avec la réflexion.

La mise en perspective de l’enseignement se confronte donc toujours plus à la mise en abîme du savoir disponible sur le Net. Ce qui devait être un avantage phénoménal pour les enseignants devient souvent  inconvénient majeur. Entre savoir et maîtriser les savoirs et ce qu’ils impliquent, un fossé se creuse. La nécessité d’apprendre se confronte de plus en plus souvent à cette réflexion: « apprendre n’est guère utile puisque nous sommes toujours connecté au Net, de fait nous avons un accès au savoir constant ». Accéder au savoir semble devenir une preuve de savoir. Le web serait-il une forme de mémoire 2.0 ? Une culture générale potentielle et disponible serait-elle suffisante ? Le temps de cerveaux disponibles en cours se réduisant toujours plus, devrait-on penser en termes de cerveaux potentiels ?

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